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Quand les femmes écrivent l’Histoire

Au mois de mars a lieu la journée internationale des droits des femmes, l’occasion pour nous de se replonger dans l’histoire de l’humanité et de découvrir 5 femmes extraordinaires… D’hier ou d’aujourd’hui, dans des domaines aussi variés que l’art ou la science ; ces personnages ont eu un impact marquant dans l’évolution de notre société en inventant, découvrant, dominant, peignant ou militant. Leurs histoires sont restées gravées à jamais dans la mémoire du monde, parfois pour de mauvaises raisons. Nous tenterons de dresser ici 5 portraits qui leur rendront hommage le plus objectivement possible. Commençons notre voyage dans le temps en Egypte au temps des pyramides…

 

I.      Cléopâtre



Sans nul doute l’une des femmes les plus connues de l’histoire, Cléopâtre est devenue un objet de fascination en raison de sa grande beauté tout en restant très mystérieuse… nous n’avons en effet presqu’aucune certitude sur la vie de cette grande pharaonne qui n’a pas hésité à utiliser son charme pour arriver à ses fins.

Son histoire débute en 69 avant J-C, à Alexandrie. Elle fait partie de la lignée des Lagides, une dynastie grecque qui s’est emparée de l’Egypte adoptant leurs traditions religieuses. Cléopâtre a toujours été très intelligente, elle est d’ailleurs la première de sa lignée à apprendre l’égyptien pour pouvoir se rapprocher de son peuple… Sa famille parlait, en effet, la koinè, une langue commune au monde grec.  Tout bascula à ses 18 ans quand son père mourut…   Qui allait régner à sa place ? Épousant son propre frère, Ptolémée, elle put monter sur le trône. Mais rapidement, ils ne s’entendirent plus : chacun voulait gouverner seul  !  Manipulant le peuple, Ptolémée réussit à pousser à l’exil sa pauvre sœur et épouse. Cléopâtre trouva refuge en Syrie où elle demanda l’aide du célèbre Jules César.

L’Egypte est donc annexée à l’empire romain en contrepartie de la garantie que le pouvoir sera entre les mains de Cléopâtre. Ils entameront une relation qui dura jusqu'à ce que César soit assassiné en 44 avant J-C. De cette relation, Cléopâtre eut un enfant : Césarion. Les Romains ne le reconnurent pas comme l’héritier de Rome bien que Cléopâtre insista. En 41 avant J-C, elle fit la rencontre de Marc Antoine dans le but de préserver l’alliance de l’Egypte avec l’Empire romain. Cléopâtre voulait impressionner ce général romain grâce à son somptueux train de vie. Et tout se passa comme prévu, Marc Antoine, sous le charme de la belle Cléopâtre, s’installa à Alexandrie bien qu’il eut quelques ennuis avec le Sénat et qu’il dut retourner maintes fois à Rome. Les problèmes avec Rome s’intensifièrent et en 30 avant J-C face à l’incompétence des troupes de Marc-Antoine, Cléopâtre décida de se suicider dans son mausolée royal. Son pauvre compagnon se poignarda et mourut auprès de Cléopâtre. Cette dernière, après avoir essayé de négocier avec Octave, se donna la mort, probablement avec du poison.

Sa courte vie n’aura pas été facile et pourtant elle a marqué les esprits. Faisant preuve de courage et d’intelligence, elle réussit à régner dans un monde où les femmes étaient rares à se démarquer. Son image restera gravée à jamais dans l’imaginaire collectif à travers des expositions, des films, des objets marketing, des marques, … Un bel exemple d’audace alliant perspicacité et clairvoyance.    


II.    Frida Kahlo



Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderón est née le 6 juillet 1907 à Coyoacán, dans la banlieue de Mexico. Dès son plus jeune âge, elle souffre d’une santé fragile : à six ans, elle contracte la poliomyélite, qui laisse sa jambe droite plus fine que la gauche. Malgré cette difficulté, elle reste une élève brillante et rêve d’étudier la médecine. 

À l’âge de dix-huit ans, la vie de Frida bascule. Alors qu’elle rentre de l’école avec son compagnon, le bus dans lequel elle se trouve entre en collision avec un tramway.  L’accident est terrible :  une barre de fer traverse son abdomen et sa colonne vertébrale est brisée en plusieurs endroits. Par la suite, Frida doit passer des mois immobilisée dans un corset de plâtre. Son rêve de devenir médecin s’effondre.  

Pourtant, cet événement tragique devient le point de départ de sa carrière artistique. C’est durant sa convalescence qu’elle commence à peindre, à l’aide d’un miroir fixé au-dessus de son lit. Son objectif est de tromper la douleur et d’exprimer ce qu’elle ressent. 

Frida Kahlo a peint environ 150 tableaux au cours de sa vie, dont près d’un tiers sont des autoportraits. Lorsqu’on lui demandait pourquoi elle peignait si souvent son propre visage, elle répondait : « Je me peins moi-même parce que je suis souvent seule et parce que je suis le sujet que je connais le mieux. » 

 


Ses toiles sont le reflet de son univers intérieur, où se mêlent douleur, amour, colère et espoir.  Elle y explore sans tabou la souffrance physique causée par son accident, mais aussi la douleur morale. Dans `` La Colonne brisée ´´ (1944), elle se représente le torse ouvert, la colonne vertébrale remplacée par une colonne ionique brisée, le corps transpercé de clous.

Ce tableau résume à lui seul sa condition : une femme prisonnière d’un corps douloureux, mais dotée d’une force morale exceptionnelle.

 


iii.       Rosalind Franklin



James Watson disait d’elle : « Elle a franchement un mauvais caractère ! ».  Trop facile quand on veut nuire à l’autre que de critiquer son caractère. Mais il est certain que Rosalind a du caractère et heureusement d’ailleurs car il faut bien le forger quand on est une jeune Anglaise qui décide de plonger dans le monde de la science à une époque où à peine 5 % de filles parviennent à obtenir leur doctorat contre 95% de garçons. Et quand, en plus, on a un père qui pense que les études supérieures ne sont pas faites pour les femmes !  Il lui a en fallu du caractère pour poursuivre ses études scientifiques pendant ces années de guerre alors que ses professeurs, même s’ils reconnaissent ses qualités, n’ont aucune tendance à l’encourager.  D’ailleurs, personne ne l’aide et on est absolument persuadé en Angleterre que la science n’est pas un domaine où les femmes peuvent s’exprimer. 

Après la guerre, elle se rend à Paris pour travailler dans le laboratoire de John Randal avec Maurice Wikins afin de découvrir la structure de l’ADN. Parallèlement, un autre binôme travaille avec le couple Franklin-Wilkins, il s’agit de Crick et Watson. Ces derniers ont compris combien il était important de découvrir le mystère de la structure de l’ADN et ils veulent être les premiers à l’élucider.  En 1952, grâce à la diffractométrie aux rayons X qu'elle applique à l'ADN, Rosalind parvient à en déterminer la structure en distinguant, grâce à ses clichés, sa forme en double hélice.

En mars 1953, Rosalind décide de quitter le King’s College tant sa collaboration avec ce misogyne de Wilkins lui devient insupportable. Son supérieur avait demandé à ce que les résultats de ses travaux restent au King’s College. Pendant ce temps, Wilkins obtient l’accès aux clichés de son ex-binôme et en donne connaissance, à l’insu de Franklin, à Crick et Watson. 

Le 25 avril 1953, Nature (un célèbre magazine de sciences) publie l’article de Crick et Watson montrant `` leurs ´´ découvertes et clichés sur la structure de l’ADN.  Une avancée révolutionnaire pour le monde scientifique.  En 1962, ce sont ses collègues James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins qui obtiennent le prix Nobel pour la découverte de la structure à double hélice de l'ADN sans même citer Rosalind Franklin. Aujourd’hui encore, Crick et Watson sont les seuls cités dans nos manuels scolaires. Ceux-ci mettent l’accent sur le modèle final, pas sur l’histoire humaine derrière la découverte.  Rosalind meurt en 1958, emportée par un cancer de l’ovaire, l’importance de l’irradiation qu’elle a reçue au cours de ses recherches peut avoir joué un rôle. 

En conclusion, Rosalind Franklin s'est éteinte dans le silence d'un laboratoire, alors que les preuves de son génie circulaient déjà dans les mains de ceux qui allaient devenir célèbres. Sans avoir jamais réclamé les honneurs ni connu la reconnaissance qui lui était due, elle a quitté ce monde avec la discrétion de ceux qui cherchent la vérité pour la beauté du geste, et non pour l'éclat des médailles. 



iv.       Nadia Comaneci    



Nous sommes en 1976 à Montréal. Les Jeux Olympiques d’été accueillent une multitude d’athlètes (6 084 au total, issus de 92 nations différentes). Tant de grands sportifs aux compétences physiques extraordinaires.  Pourtant l’héroïne de ces jeux ne sera autre qu’une très jeune gymnaste de 14 ans venue de Roumanie :  Nadia Comaneci.

Le 18 juillet sous les yeux de milliers de spectateurs, cette jeune Roumaine va réaliser l’impossible : sa performance recevra la note parfaite de 10 !  Les panneaux d’affichage des juges ne sont même pas prévus pour ce score.  Après cette performance les questions pleuvent : comment une si jeune athlète est parvenue à défier les statistiques ?  La vérité est terrible, celle d’enfances sacrifiées pour un champ de bataille symbolique, une victoire politique.

Durant la guerre froide, les deux superpuissances URSS et USA se sont affrontées par l’entremise du sport. Les pays de l’est, presque tous communistes, voulaient montrer la prééminence de leur régime face aux pays de l’ouest. Les athlètes ont donc servi de vitrine idéologique pour prouver la supériorité de leur modèle politique. Tandis que les USA misaient sur le basket-ball, la natation et l’athlétisme, les URSS ont choisi l’haltérophilie, le patinage et la gymnastique artistique. Des enfants extrêmement jeunes étaient sélectionnés pour partir dans des écoles très poussées de sports où ils s’entrainaient 5 à 6 heures par jour. Les entraineurs étaient exigeants, normalisant la douleur et laissant très peu de place aux loisirs ou au repos. La perfection était de mise afin de fabriquer de vraies machines capables d’exécuter des mouvements alliant technique et esthétisme. Cette méthode est certes inhumaine pour des enfants mais elle a porté ses fruits comme le prouve Nadia.

Après être restée longtemps le symbole de la perfection roumaine, Nadia s’enfuit de la Roumanie en 1989, quelques mois seulement avant la révolution du peuple roumain contre ses dirigeants. Pourquoi s’est-elle enfuie ? N’était-elle pas libre ? Non, c’est ce qu’a découvert le monde quelques mois plus tard. En effet, les Roumains vivaient dans des conditions de vie abominable tandis que leurs chefs, les époux Ceausescu, se réservaient le luxe, l’abondance et la richesse tout en dirigeant le peuple, détournant l’argent public, espionnant et tuant quiconque se rebellait. Ils seront exécutés après avoir été condamnés par un tribunal de fortune, mettant fin à 24 ans de dictature.

Nadia Comaneci est donc une des très nombreuses athlètes à l’enfance sacrifiée pour la fierté nationale. Elle a eu la chance ou les capacités de performer, elle est ainsi devenue le symbole de la Roumanie communiste ; exhibée comme un trophée, une victoire sur les USA.  Mais pour une poignée d’athlètes ayant réussi, combien ont été brisés, et en gardent des séquelles toute leur vie ?  Pourquoi des enfants sont-ils devenus l’arme d’une guerre ? 

 

v.        Greta Thumberg



On la qualifiait de `` produit marketing ´´, `` gourou du climat ´´  et  `` d'adolescente alarmiste ´´.  On ne prêtait pas attention à son combat et ses dires, mais seulement à son âge, son physique et ses troubles neurodéveloppementaux (syndrome d'Asperger).  Ses opposants ont souvent utilisé ce diagnostic pour discréditer son discours, le qualifiant d'irrationnel ou d'instable.  Greta Thunberg est âgée de 11 ans lorsqu'elle regarde un documentaire sur le changement climatique et la pollution plastique. Celui-ci a agi comme un électrochoc émotionnel, déclenchant chez elle une profonde dépression et une prise de conscience radicale sur l’urgence climatique.  Le 20 août 2018, à 15 ans, elle s'est assise seule devant le Parlement suédois à Stockholm avec une pancarte pour dénoncer l'inaction face au réchauffement climatique, initiant le mouvement mondial   Fridays for Future. 

Fridays for future (FFF) est un mouvement international de grève scolaire pour le climat. Des jeunes du monde entier sèchent les cours le vendredi pour exiger des dirigeants politiques des actions concrètes et immédiates contre le changement climatique et pour le respect de l'accord de Paris. Son apogée a été enregistrée en septembre 2019 avec des grèves dans plus de 180 pays regroupant 7,6 millions de jeunes participant.e.s. 

Comme nous le savons tous, Greta Thunberg est connue pour ses combats à grande ampleur sur la crise climatique. Néanmoins, le féminisme y est intimement lié. En protestant seule devant le parlement suédois à 15 ans, elle a défié l'autorité, un acte fort dans un contexte où les voix féminines, notamment jeunes, sont souvent ignorées.  Elle incarne une nouvelle forme de militantisme, refusant d'adoucir son discours pour se conformer, ce qui en fait une figure marquante de l'écoféminisme. Greta affirme qu'il est impossible de construire une société durable en excluant la moitié de la population. Elle souligne régulièrement que la crise climatique aggrave les inégalités de genre, les femmes et les filles étant souvent les premières et les plus durement touchées par  les catastrophes environnementales.  

Son combat n’était pas des plus faciles, et beaucoup d’obstacles se sont dressés sur sa route. Parmi eux, figure Scott Morisson, ancien premier ministre australien, qui qualifiait  Greta  de  `` marionnette ´´  et  son  discours  de `` source d’anxiété inutile ´´. Pourtant, la crise climatique est une menace majeure pour notre planète, s’en préoccuper est donc capital et non `` inutile ´´. 

En conclusion, Greta Thunberg est devenue le visage d’une jeunesse qui refuse de sacrifier son avenir. Elle symbolise l’exigence de vérité et de changement face au déni des plus puissants pour ceux qui hériteront de la planète.

 

Rédactrices :  Luna Di Rocco και Carmen Denis, 4L

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